Le bruit du Temps

 

     Le nouveau projet de ce début d'année 2018 est centré sur la création d'une oeuvre du jeune compositeur belge Gillis SacréElégie. Cette pièce est mise en exergue par un choix de sonates, danses et fantaisies en provenance de toute l'Europe du XVIIe siècle. L'atmosphère de ce programme invite à l'exploration de paysages intérieurs antiques, cependant que le genre versatile de ces pièces instrumentales baroques contraste volontiers avec la teinte résolument méditative de l'élégie.

"Et in Arcadia ego" - Nicolas Poussin, (1638-1639)

Le bruit du Temps, évoque un autre type de dialogue, entre ces voix ténues qui traversent les âges et les voix contemporaines qui leur répondent à des siècles de distance. Littérature et musique forment un contrepoint à deux voix sur la chronologie des siècles, dialogue atemporel ou dialogue avec le Temps même : à l'instar de Mandelstam pour qui le siècle « s'ébruite1 » au fil des pages en chapelet de souvenirs entre autres musicaux, ce programme est une invitation à « l'art difficile d'écouter le bruit du temps2 ». À la suite du poète, prêtons-y l'oreille comme à une semence dont la silencieuse levée révélerait à qui sait l'écouter, son infinitésimal tintamarre.

Gillis Neyts, paysage avec château en ruine, 1660.

     À voir ou à entendre ?...

Tout à la fois témoins, défi et memento mori, les ruines antiques et leur représentation picturale sont le symbole par excellence de l'outrage des siècles et de leur fuite. On y pressent l'invisible allégorie du Temps qui grignote et rumine placidement les vanités humaines. Et si de sous l'habit de mousse et de lichen filtraient encore des voix anciennes ?

Curieuse chose à nos oreilles que cette musique sortie des âges, pourtant impropre à braver le temps : de même éphémère nature, à peine saisie - déjà évanouie, elle n'existe qu'au présent. Ainsi, deux postures d'écoute s'offrent à l'auditeur actuel : ruines sonores d'une époque, ou indices de la « germination du temps3 » futur ?

Architecture de l'âme, la musique interpelle celle des lieux qu'elle traverse et - le temps d'un concert - en révèle une voix intime dans un dialogue d'échos et de résonances.


1 Ossip Mandelstam, Le bruit de temps, 1925.

2 Nikita Struve, Préface au Bruit du Temps de Mandelstam, traduction d'Edith Scherrer, Paris, éd Christian Bourgeois, 2006, coll. "Titre 14", p. 15.

3 «Je désire [...] épier le siècle, le bruit et la germination du temps.» O. Mandelstam, «La Komissarjevskaïa»,  op. cit. p. 97 .

 

Œuvres

  • Prélude
  • J. Jenkins (1592 – 1678) – Sonata a due
  • J. H. Kapsberger (1580-1651) – Toccata VI
  • B. de Selma y Salaverde (ca. 1595 – after 1638) – Canzon a doi, basso e soprano
  • T. Hume († 1645) – Pièce de viole
  • N. Matteis (ca. 1670 – after 1714) – Preludio – Aria – Aria
  • A. Falconiero (1586 – 1656) – La Cuella – L’Avellina – La Mota
  • Gillis Sacré – « Elégie »
  • J. M. Nicolaï – Sonate en trio
  • Falconiero – La suave melodia
  • J. M. Nicolaï – Sonate en trio
  • F. Rognoni Taeggio († ca. 1626) – Vestiva i colli – diminution
  • A. Stradella (1639 – 1682) – Sonata a violino solo e basso

 

Durée

Programme d'une durée approximative d'une heure de musique